Pour bien comprendre la situation, il faut remonter assez loin, je vais essayer de synthétiser les 200 dernières années de l'histoire de ce morceau de continent (très synthétisé parce que c'est fucking compliqué). En gros il y a eu deux grosses guerres liées à l'importation d'opium en Chine par les européens et la volonté des empereurs de l'époque d'interdire ce produit. C'était très payant alors les européens étaient pas d'accord avec cette interdiction. De fil en aiguille, ça a mené à la conquête de l'archipel de Hong Kong et de sa péninsule par les anglais, la mise à feu et à sang d'une bonne partie de la côte, y compris de Beijing par les Anglais et les Français. C'était il y a pas si longtemps. Pour mettre fin à ce conflit, un traité à été signé en 1898 laissant l'actuel territoire d'Hong Kong aux mains des britanniques pour une durée de 99 ans. C'était si long qu'à l'époque c'était vu comme une éternité.
Tout au long du 20e siècle ça a permis à HK de se développer d'une façon absolument unique. A l'origine une ville de pêcheurs, c'est devenu la porte d'entrée de l'extrême orient. La péninsule n'a donc pas vécu la révolution communiste, le maoïsme, la révolution culturelle ni tous les autres projets réformateurs de la chine continentale. Ils ont développé leur propre système politique et judiciaire (appliquant le common law britannique comme au Canada) et ont vécu pendant un siècle un essor économique fulgurant. Associé à ça, l'ensemble des Hong Kongnais ont appris l'anglais, se sont scolarisés et enrichis. Une culture (politique, artistique et intellectuelle) bien différente de la Chine continentale, mais aussi de l'empire britannique s'est donc développée peu à peu.
Toute bonne chose à une fin et l'année 1997 est arrivée. Probablement que quelquepart au milieu du 20e siècle le Royaume-Uni s'est dit qu'il allait sa main mise sur Hong Kong ad vitam aeternam, mais dans les années 90, la Chine était devenue une puissance économique et militaire montante et le non respect de l'entente signée un siècle auparavant était devenu inimaginable. Pour au moins protéger un peu les habitants de ce territoire spécial, les britanniques ont signé une autre entente garantissant le statut d'entité économique spéciale, le libre échange de la zone et la conservation des lois en vigueur pour au moins 50 ans afin de permettre une transition en douceur.
Ceci étant dit, durant les 20 dernières années, la Chine a gagné en puissance et se dispute présentement la tête de la première économie mondiale avec les États-Unis. C'est aussi devenu une puissance militaire difficilement contestable et le marché le plus convoité de la planète par les occidentaux. Le PCC (parti communiste chinois, pas le parti conservateur du Canada) a aussi subtilement et progressivement déplacé l'activité économique de HK vers Shanghaï, Beijing et autres villes du continent, en isolant de plus en plus HK et en privant la péninsule d'une partie de l'essor de l'économie chinoise.
C'est ici qu'on entre dans le vif du sujet (désolé, c'est pas fini, j'avais averti que ça serait lourd). Le chef exécutif de HK, affectueusement surnommé C.Y., à été élu/mis en place pour favoriser des rapprochements avec la Chine continentale. Ce faisant, il a reçu un accueil favorable de la part des commerçants et d'une partie de la classe moyenne, leur permettant de profiter de la prospérité chinoise du moment. D'autre part, il a apporté des changements assez importants dans la législation, donnant plus de pouvoir à Beijing. C'est précisément ici que ça explose.
Depuis plusieurs centaines d'années, après des siècles de guerres internes, il s'est établi le principe premier de l'état chinois (c'est une interprétation forcément grossière, basée seulement sur ce que j'ai lu et sur les perceptions que j'ai de la chine qu'on découvre) : la stabilité de l'état. Pendant qu'en occident on prône la liberté à tout prix et sous toutes ses formes, les chinois eux cherchent la stabilité quitte à sacrifier la liberté de choix/de presse/d'expression/etc. En ayant ça en tête, les choix démocratiques de HK et son évolution dans le dernier siècle est une véritable menace pour le pouvoir chinois en place et pour cette doctrine de stabilité de l'état, à laquelle s'est greffé un statut particulier pour les politiques et leurs amis et une perception d'efficacité et de sécurité pour la population en général.
Comme vous pouvez le voir l'enjeu devient rapidement incroyablement complexe. Ce serait facile de dire qu'il y a plus de corruption et d'inéquité dans un système à la chinoise, mais j'en suis pas si convaincu. Là où le bas blesse, c'est dans la gestion de la crise. Il y a quelques mois, des étudiants se sont insurgés face à l'ingérence du pouvoir central dans les affaires de HK. Ça a commencé avec des manifestations pacifiques qui ont été fortement réprimées (rien comme Tiananmen, mais c'est pas dit que ça évoluera pas vers ça) et qui se sont transformées en occupation et en désobéissance civile, plein de trucs qui rappellent étrangement le printemps 2012 avec des enjeux autrement plus fondamentaux.
Les demandes des étudiants sont pourtant assez simple, ils demandent simplement une élection démocratique universelle, chose qui horripile le PCC. L'état chinois a ouvertement peur d'une contamination démocratique qui se propagerait au continent, ils en parlent vraiment comme une maladie. L'offre du pouvoir est risible, on propose une élection libre à condition qu'une poignée d'amis du parti procède à une présélection des candidats après laquelle la population serait "libre" de choisir entre 2 ou 3...
Les parapluies sont d'abord apparus pour se protéger des jets de poivre de la police, s'en est suivi le surnom de révolution des parapluies. Un large support local et international était présent au départ, mais la population locale, surtout les commerçants ont commencé à en avoir assez, des manifestations c'est mauvais pour les affaires. Ensuite les triades (genre de mafia chinoise) se sont mises de la partie, plusieurs personnes suspectent qu'il aient été engagés par le gouvernement et la police pour faire la job de bras. Finalement, les manifestants se sont cantonnés dans un secteur bien précis, il ne se passe plus rien de spectaculaire donc l'appui international s'effrite en raison d'un manque d'intérêt. Le gouvernement mise maintenant sur l'espoir que le mouvement s'essouffle, il aura probablement raison.
Quand nous sommes arrivés à HK, ça faisait presque 2 semaines qu'on avait pas eu de nouvelles sur le mouvement dans nos médias et pourtant les manifestants sont toujours présents. Le plus ignoble dans tous ça c'est l'expertise #1 de la puissance chinoise : la propagande ou manipulation de l'information. Des kiosques sont placés un peu partout sous le nom catchy de "Movement for peace and democracy" qui sont en fait des kiosques payés par le gouvernement pour faire signer des pétitions soutenant le pouvoir en place et la répression policière, probablement un premier pas vers le révisionnisme historique des chinois. On est aussi en train de transformer progressivement les sites d'occupation en attraction touristique. Vraiment les officiels chinois sont forts.
J'ai pas assez de patience pour étayer mon opinion sur la délicate question des revendications et du jeu d'influence qui se trame actuellement à l'autre bout du monde. Vous vous doutez bien sûr que je suis de tout coeur avec les manifestants, je pourrai en discuter avec vous autour d'une (bonne) bière à mon retour parce que c'est compliqué.
Je terminerai par ceci, ça fait peur de voir que tout ce qui se passe en ce moment en Chine se rapproche dangereusement des méthodes utilisées par nos bons et beaux pays occidentaux tellement évolués et fiers. A différents degrés, les situations d'oppression de mouvements sociaux en occident et en orient sont très similaires. Les chinois oppriment leur propre population pour les maintenir dans une illusion de stabilité et d'équité, les occidentaux oppriment leur population pour les maintenir dans une illusion de liberté et d'équité. Il y a quelqu'un quelque part qui a dit un jour quelque chose à propos d'une société saine qui ressemblait à : "Le pouvoir doit constamment avoir peur de sa population, pas le contraire".
Ah et avoir écrit ça et être chinois, je devrais avoir peur à ma liberté, faites vous en pas, on sort du pays dans 2 semaines environ.













je fus intéressé par tes écrits mais surtout papy qui te dit SOIS PRUDENT
RépondreEffacerBISOUS